TEXTES

GOUGUEULE (Benn VALTER)

Gougueule est devant moi, Gougueule est dans mes yeux
Gougueule est dans mon sang, Gougueule est dans ma peau
Gougueule est dans mes jours, Gougueule est dans mes nuits
Gougueule est dans mon job et Gougueule est dans mon lit

Gougueule est dans mon steak, Gougueule est dans mon bide
Gougueule est dans mes rêves, Gougueule est dans mon ciel
Gougueule est dans ma maman, Gougueule est dans mon père
Gougueule est dans ma sœur et Gougueule est dans mon frère

Pourquoi ces longs bras, ces longues oreilles, ce regard de braise, ces crocs acérés ?
Pour mieux m’enlacer, pour mieux m’écouter, pour mieux m’observer, pour mieux me bouffer

Gougueule est dans ma bagnole et dans ma radio
Gougueule est dans ma tête, Gougueule est dans mes mots
Gougueule est dans ma terre, Gougueule est dans les airs
Gougueule est dans l’espace et il est dans mes fantasmes

Gougueule est dans mon sexe, Gougueule est dans mon sperme
Gougueule est dans mes amis, Gougueule est mes gènes
Gougueule est dans mes oui, Gougueule est dans mes non
Gougueule est dans mes désirs, tu es mon avenir

Pourquoi ces grands pieds, cette bouche immense, ces ongles aiguisés, cette queue fourchue ?
Pour mieux m’écraser, pour mieux me gronder, pour mieux me gifler, pour mieux me fouetter

Gougueule tu es mon Dieu


LES LIONNES (Benn VALTER)

Dans la jungle qui bastonne, vois les beaux yeux des belle lionnes
il souffle un vent de pagaille, sonne bientôt l’heure de la chasse, Aïe aïe aïe
fumées âcres dans les gorges, ciel bas grise savane
les lionnes veillent prévoient la charge
sur les écrevisses noires, les cancrelats, les cafards

Prisonnier de la république
l’état nous trompe, l’État nous nique
Prisonnier de la république
fait pas la tronche, just do it, just do it !

La foret qui se bétonne, les robotcopes de Babylone
bravant les lacrymogènes, toujours aux aguets les lionnes

Prisonnier de la république
l’état nous trompe, l’État nous nique
Prisonnier de la république
fait pas la tronche, just do it, just do it !

arc-boutées, prêtes à jaillir, ça pourrait basculer dans le pire.
tention vos gorges les cognes
ça va saigner, ça va saigner pauvres carcasses déchirées

Prisonnier de la république
l’État nous trompe, l’État nous nique
Prisonnier de la république
fait pas la tronche,
just do it, just do it !


CAPITAINE D’JACK (Benn VALTER)

Pêcheurs à l’aube, sur l’onde nous partîmes,
le cap à l’Orient, où l’horizon avait pris feu.
Ensemble nous quittâmes, le port du Hâble
chercher le poing-clôt, pêcher le Lieu.
A bord, il y avait ce fameux capitaine d’Jack
moi, j’étais son mousse, le petit bleu
et puis tout aussi plein de force et de courage,
durs au labeur, avec nous, trois beaux gaillards.
V’là l’équipage, qui parti vers le large

Vogue, pirogue
le bateau ivre est incertain
y’a plus personne qui le pilote, à la fin.
Nous reste t-il au moins une chance
d’échapper à la déferlante ?
Pourrez-vous vivre encore ici, ma descendance ?
Fini !! d’en vouloir à ta peau
Moby Dick, Moby Dick, Moby Dick

Toujours à bord il y avait quelque chose à faire
briquer le pont, lover les boutes.
Prendre son quart, vérifier la route
calculer l’azimut, tenir la barre.
Alors capitaine Jacques, le premier nous parla :
« Gaffe les gars ! Le Nordet chasse le Noroit
nous passerons le raz blanc, sans y trépasser
la mer ici appartient aux Sirènes, aux récifs aiguisés
surveillez les bas-fond, ça va secouer le bastingage »

TEMPÊTE

Aujourd’hui je me retrouve sur le sable
abasourdi par la nuit, c’te tempête et là le naufrage
épars sur la grève, les fragments, du Telenn More
compagnons de bordée, vos voix pardessus bord.
Aux abysses tout sombra dans l’oublie
les thons, les morues, les bonites les saumons du Pacifique
et toi aussi vieux capitaine Jacques,
jamais ne te revit, jamais ne te revit.

Sauf, une fois, quand revenu au port du Hâble
Je te vis ce soir là fantôme surgit des brumes.
Debout sur la hune brisée de ton navire en lambeaux
Tu criais de ta belle voix claire et courroucée :
 » Oubliez vos pairs !  Pirates frileux
et libre partout, vous naviguerez heureux »


AU PRÈS DES VILS (Benn VALTER)

Joyeuse est la Révolution, Tristes glorieuses évanouies
garennes hagards sur la lande, endormis
Point de repère sur sa route,l’homme pousse son caddie
reste les cendres et la suie c’est fini, tout est gris
tu es morte Babylone, ce matin ton peuple s’est enfui
à Rome le feu a tout pris
à tout prix

On y est !

Temples, marchands, fols tyrans vend de l’amour vend de la haine
et nous coincés par le système, aveugles, sourds et muets
Allô New-york ! Connecté, mon voisin devenu cet étranger.
Vésuve crache son foutre chaud sur les âmes pétrifiées.
Mon sac est prêt, s’il faut partir Exodus, fin de l’Empire
plus d’essence dans ma tire
j’vais marcher, j’vais marcher.

On y est !
Décadence, chef-d’œuvre en péril
tu trouves aussi ça devient débile
maintenant que l’on se bat
au près des vils, au près des villes.

 

Mickey Mouse me fout la trousse lâchez vos Amazones
sur JP Morgan, sur Donald, je chie du Rock’n’roll
Peuple zombi, consommez, consentement fabriqué
travaillez, soyez fécond
Multipliez.
A la dure, va perdurer les moutons, les guerriers
l’heure de nous même a sonné

On y est !

Décadence, Chef-d’œuvre en péril
tu trouves aussi, ça deviens débile
maintenant que l’on se bat

au prés des vils, au prés des villes

On y est !


Eh ! Maman (Benn VALTER)

Eh maman, qu’est-ce que j’fous là ?
j’me demande bien pourquoi
dis-moi que c’est pas vrai !
Eh maman, avant que tu franchisses
seule, l’océan grand et livide.
Eh maman, jamais je ne saurai
pirogue et pagayer
sur ton mystérieux torrent.

Eh maman, bien de quoi que tu t’inquiètes
bientôt que nous aurons
bouffé toute c’te planète !
Eh maman, tu deviens minuscule
un grain de diamant, étincelant.
Eh maman, si seulement tu pouvais
tant aimer le temps, autant que toi tu m’aimes.
Eh maman, il est comment déjà ton sourire
le plus beau de tes rires.
Eh maman, j’adore quand tu es punk
ma petite vieille chérie,
dis-le : « What the fuck ! »

Ou ou ou ou ….

Eh maman, j’ai peur que ça finisse
tes yeux, je vois
s’enfoncent dans les abimes.
Eh maman, le lait saint de ton sein m’a sauvé,
tu m’as créée de tes mains
Eh maman, je ne serai pas trop fâché
oh non je t’aimerai de m’avoir amené , ici.
Eh maman, au Nirvana
quand tu voudras t’y endormir
je bercerai ton dernier soupir.

Ou ou ou ou ….


LES PIGEONS VOYAGEURS (Benn VALTER)

Ah ! Ba ouais, pas vraiment la rigolade
Ah ! Ba ouais, pas vraiment la marade
Paf ! Plouf ! La dégringolade
vous ont, nos gosses, collé dans une belle panade
Ah ! Ba ouais, tu cries ‘cause que t’as mal !

Va, vois, voyageur
La joie, lorsque tu fais naître tes fleurs.
Bats, toi, crache de l’encre
crache ton encre, sur les murs
hauts les murs
de l’imprenable citadelle

Eh bein ! fit’pitain !
Clac ! Boum ! Dur, dur la biture
merci du cadeau, merci, bravo,
Rio Bravo
Ah ba ouais les jolies colonies de vacances
merci papa, merci maman
tous les jours je vois bien que ça recommence

Va, vois, voyageur
La joie, lorsque tu fais naître tes fleurs.
Bats, toi, crache de l’encre
crache ton encre, sur les murs
hauts les murs
de l’imprenable citadelle

Ah ba ouais, pas mal de trou dans la page
sacré désert,
plus d’oasis, plus que du sable
plus que des cadavres, exquis
la suite de la charade
reviendra jamais sur les îles croisées
ramez, ramez, ramez
on ne sait jamais